Élections
Andry Nirina Rajoelina devant un dilemme
Le président de la Transition s’est accordé un temps de réflexion
Andry Rajoelina a le choix entre un « et… et… », un « ni… ni… » et un cavalier seul aux présidentielles, avec les conséquences que cela suppose. Sa réponse est attendue « incessamment », selon ses dires.
Les feux des projecteurs sont plus que jamais braqués sur Andry Rajoelina, président de la Transition. La Troïka, organe de coopération de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) lui laisse la liberté de choisir la voie à suivre pour la sortie de crise. Les choix sont limités et lourds de conséquences.
« Toute décision comporte des conséquences aussi bien négatives que positives quand on la met en œuvre (…) Devant un croisement, il vous appartient de choisir entre deux voies, l’une est traversée d’eau tandis l’autre jonchée de bois », a averti Andry Rajoelina, samedi à Ivato.
L’homme fort de la transition, entouré de ses proches collaborateurs, résume la situation qui l’attend après ses discussions avec les chefs d’État membres de la Troïka vendredi à Dar-Es-Salaam. Il fait part de l’absence de décision prise dans la capitale tanzanienne, mais aussi les alternatives qui s’offrent à lui pour aller aux élections.
Le bloc économique régional reste discret sur le Sommet de Dar-Es-Salaam. Andry Rajoelina évite d’entrer dans les détails de ces « offres ». « Je ne vais pas parler de ‘‘ni… ni…’’ ou de ‘‘et… et…’’ La décision appartient à nous, Malgaches », se contente-t-il d’avancer. Le Sommet de la SADC en décembre 2012 avait « suggéré » la double non-candidature des deux principaux protagonistes à la crise. Selon certaines indiscrétions, les chefs d’État de la Troïka auraient mis sur la table leur double candidature comme l’avait évoqué Hans-Dieter Stell, chargé d’affaires allemand.
Les chefs d’État de la Troïka auraient fait part des conséquences et des mesures d’accompagnements de ces deux options, ainsi que celles de la dernière option, à savoir le cavalier seul d’Andry Rajoelina.
À priori, les deux premiers scénarios laissent supposer un retour avant les scrutins de l’ancien chef de l’État, une éventualité qui n’arrange pas le président de la Transition et ses partisans. La candidature d’Andry Rajoelina, sans son principal rival, traduit une rupture avec la communauté internationale.
Délai de réflexion
L’homme fort de la Transition laisse entrevoir l’esquisse de son choix, écartant la possibilité de candidature de Marc Ravalomanana, en exil en Afrique du Sud. « Nous souhaitons que les expériences des autres pays, comme celle de la Côte d’Ivoire, ne se renouvellent pas chez nous. La communauté internationale s’est ingérée dans le dossier. Les élections ont pu être organisées, mais avec la mort de 3 000 personnes », affirme-t-il, laissant entendre le risque de tension en cas d’une double candidature des principaux protagonistes à la crise. D’ailleurs, lui et son entourage ne cessent de rappeler les obstacles juridiques à la candidature de l’ancien Président.
Le président de la Transition s’accorde un délai de réflexion avant de prendre sa décision. « Je vais discuter avec mes collaborateurs et mes alliés politiques », soutient-il, avant de promettre l’annonce de sa décision, « incessamment ».
Andry Rajoelina évite de préciser un calendrier clair pour s’exprimer. En attendant, il maintient son agenda chargé qui pourrait lui servir d’occasion pour faire part de l’avancée de sa réflexion. Il devrait lancer les travaux de réhabilitation de l’escalier d’Antaninarenina et celui d’Ambondrona aujourd’hui. Il est attendu pour inaugurer la mairie de Toamasina samedi.
Lanto Rakotomavo, secrétaire nationale du Tanora Malagasy vonona (TGV), parti fondé par Andry Rajoelina, affirme qu’une telle consultation n’a pas encore lieu. « Le bureau politique devrait également se réunir pour examiner la situation », avance le vice-président du Conseil supérieur de la transition (CST). « En tout cas, nous devrons aller aux élections selon le calendrier prévu », conclut-elle, relayant le discours présidentiel.
La mouvance Ravalomanana « attend » aussi la décision du président de la Transition, selon Mamy Rakotoarivelo, chef de délégation. Le président du Congrès de la transition profite de l’occasion pour lancer une pique contre Andry Rajoelina. « Nous croyions que sa décision avait été prise depuis un certain temps et qu’en aucun cas, rien ne pouvait changer celle-ci », rappelle-t-il. « Un chef doit prendre ses décisions seul et non pas attendre tout le temps ses conseillers », critique le président de la Chambre basse.
Andry Rajoelina répond au FMI
Andry Rajoelina, président de la Transition, se veut rassurant. « Nous avons des solutions. On peut mettre en place quelque chose pour développer Madagascar », a-t-il indiqué à Ivato samedi face au rappel du Fonds monétaire internationale (FMI) suspendant la collaboration avec la Grande île. « J’ai déjà dit à Iavoloha que nous ne pouvons forcer personne à travailler avec nous. Par contre nous accueillons à bras ouverts ceux qui souhaitent nous aider », avance-t-il sans préciser son projet.
Le président de la Transition décoche une flèche contre l’ancien Président Marc Ravalomanana. « Le FMI nous a quittés depuis 2008. Il faut en demander les raisons à ceux qui avaient provoqué ce départ », avance-t-il.
Iloniaina Alain
Lundi 14 janvier 2013