Développement durable
Quand la culture s'adapte aux changements de climat
Les réunions des villageois d’Ankiliabo se déroulent habituellement sous un tamarinier
Des paysans de la région Sud Ouest de l'île ont réalisé une véritable révolution dans leurs habitudes. Des actions afin d'adopter la technique leur permettant de cultiver en toutes saisons y ont été menées. Les résultats sont satisfaisants: les rendements ont augmenté tandis que l'environnement est mieux entretenu.
Une initiative locale. Des habitants d’Ankiliabo, commune Milenaky, ont connu une vraie révolution dans leurs habitudes agricoles. Ils sont passés de l'agriculture traditionnelle à celle de sémi-moderne.
Ce changement résulte d'une prise de conscience commune. Victime du changement climatique, ils ont décidé d'y faire face et de modeler leur calendrier selon le bon vouloir du temps. Cette décision leur a permis de pratiquer l’agriculture tout au long de l’année. La riziculture ne connaît plus de repos mais est entretenue par l’utilisation de fumiers. Une augmentation des rendements a ainsi été connue et la période de soudure ne dure plus que deux mois. Une part de la production est destinée à la nourriture et une autre à la vente.
« Notre production a doublé depuis que nous avons décidé d’adapter notre calendrier cultural avec le changement climatique. Il est passé de deux tonnes à quatre tonnes par hectare », souligne Edmond, président de la communauté locale de base (CLB) Mandadimora lors de la visite des journalistes de l’Océan Indien à Ankiliabo, à 70 km au Nord de Toliara, mardi dernier. Ce fut à l'occasion d'une formation sur le développement durable.
Grâce à leur motivation, l'association bénéficie depuis cinq ans d’un appui de la fondation Tany Meva. Une aide qui a permis aux 280 ménages membres d’avoir à leur disposition du matériel agricole tel que des motoculteurs ou des charrues. Chacun est libre d'utiliser ces outils à condition de bien en prendre soin. Il revient également à l'emprunteur de payer les frais supplémentaires tels le gazole. Cette prise de conscience des habitants d’Ankilihily a permis non seulement d’améliorer leur niveau de vie mais aussi de protéger
l’environnement. Ils se sont rendu compte du rôle de la nature dans leur survie.
« Nous pensons que le changement climatique résulte des feux de brousse. C’est pourquoi nous avons décidé de lutter contre ce phénomène », explique Edmond. Ce geste leur a également permis d’assurer le futur de leurs enfants. Grâce aux bénéfices des ventes, ils peuvent aller à l’école.
Ce souci du lendemain ne se limite pas uniquement à Ankiliabo. On assiste à une vraie mobilisation des paysans dans cette zone de Toliara II. La CLB Mamelo Honko, Ambondrolava, en est un exemple. Cette association assure la protection des mangroves. Celles-ci leur procurent à la fois des ressources halieutiques et forestières.
Site touristique
D’après son président, Philémon Eugène : « 250 ha sur 600 ha de palétuviers ont été détruits. Ces plantes servent à protéger les côtes et les récifs mais aussi de lieu d’habitation des crabes et des crevettes. L’endroit nous est d’une importance capitale. Nous sommes cinq villages à essayer de le préserver».
Grâce au soutien du projet belge, Honko, l’association a pu mener à bien sa mission. L’endroit a également été transformé en un site touristique. Le droit de visite est d’Ar 7000 pour la mangrove et Ar 10000 pour le village entier. Depuis cette prise de conscience, les règles ont également durci.
« Malgré l’interdiction, un villageois a été surpris à faire du charbon avec des palétuviers. Il a dû payer une amende de Ar 30 000 », rapporte Philémon Eugène. Il explique que les palétuviers ne poussent pas sur les zones où des charbons ont été fabriqués. La terre devient stérile.
La préservation des mangroves est très importante. Pas uniquement pour Toliara mais aussi pour toutes les personnes vivant sur les côtes. Il s’agit des écosystèmes les plus productifs en biomasse de la planète. avance Serge Tostaint du Formad Environnement dans son étude intitulée « Espèces de palétuviers dans les mangroves de Toliara », juin 2010. On assiste cependant à la dégradation rapide de certaines mangroves dans le monde entier. Ce fait risque d’accélérer la dégradation des zones côtières fragiles. Les mangroves jouent, en effet, le rôle de stabilisateurs. Elles contribuent à la reconstitution des écosystèmes après les cyclones et tsunamis et face aux effets du dérèglement climatique .
Judicaëlle Saraléa
Mercredi 13 juin 2012