AFFAIRES NATIONALES
Les Forces armées resserrent les rangs
L’unité des Forces armées serait-elle une façade?
Les forces de l'ordre montent au front pour tenter de rassurer l'opinion face à une situation politique effervescente.
La hiérarchie militaire monte au créneau. Elle tente de marquer son territoire au moment où la tension politique monte d'un cran.
« Nous félicitons l'État-major mixte opérationnel au niveau de la province (EMMO/ Far) d'avoir fait son travail malgré la provocation », a déclaré le général Bruno Razafindrakoto, commandant de la gendarmerie et patron de l'EMMO/Nat, hier à Andrefan’Ambohijanahary. « La décision est prise par l'ensemble des forces de l'ordre et non par une seule personne (…) Quelle que soit la personne à cette place, les mesures adoptées restent les mêmes », a-t-il poursuivi.
Les premiers responsables de l'EMMO/Nat couvrent le général Richard Ravalomanana, commandant de la circonscription interrégionale de la gendarmerie au cours de la conférence de presse. Ce dernier avait fait l'objet de vives critiques concernant sa gestion des tentatives de mani- festations de ces derniers temps au parc d'Ambohijatovo.
Le général Bruno Razafindrakoto confirme également la position des forces de l'ordre après le rassemblement avorté à Ambohijatovo samedi. « Nous ne ferons aucun compromis dans l'application de la loi. Il y aura des arrestations pour les responsables des attroupements armés », promet-il.
Avec la tentative de meeting samedi, la situation politique semble prendre une autre tournure sur le terrain. Selon les premiers responsables de la station radio Free FM, des officiers généraux et des officiers supérieurs seraient en train de rallier leur mouvement. L'un d'entre eux avait lu un communiqué d'un groupement militaire dénommé « Coordination nationale des officiers » (CNO) qui met en garde les autorités et lance un appel au ralliement, y compris du côté des officiers généraux retraités. Il avertit les autorités du caractère sérieux de la démarche des officiers, sans citer les noms de ces derniers.
Clignotants pas au vert
Les clignotants ne sont plus tous au vert concernant la situation politique ces dernières semaines.
Le général Lucien Rakotoarimasy, ministre des Forces armées, se veut rassurant en déclarant que « la situation reste maîtrisée. » « Celle-ci devrait être maintenue sauf si certains n'ont pas la volonté pour le faire et procède à des provocations », soutient-il. Le membre du gouvernement qualifie l'annonce du CNO de communiqué « comme tout autre déclaration anonyme ». « Mais nous ne négligeons rien », conclut-il.
Le Premier ministre Omer Beriziky, à la tête de l'Organe mixte de conception (OMC) s'exprime également sur le dossier chaud du moment. « Nous avons l'obligation de promouvoir l'apaisement selon la Feuille de route. Nous devrons agir avec sérénité », soutient-il.
Le chef du gouvernement a réuni les dirigeants de l'EMMO/Nat à Mahazoarivo en milieu de l'après-midi. « Nous avons fait le tour de la situation », affirme un participant à la réunion. D'autres indiscrétions font état des instructions d'Omer Beriziky pour la recherche de l'apaisement avant tout. « Il demande la poursuite de la mission de sécurisation, avec fermeté en cas de débordement. Il n’ordonne le recours aux tirs de gaz lacrymogène qu'en dernier recours », rapportent-elles.
Demande de mesures pratiques
Des sources au courant du dossier font état des remarques des premiers responsables de l'EMMO/Nat, concernant les relations des autorités avec les partenaires techniques et financiers.
Les hauts gradés auraient demandé au Premier ministre Omer Beriziky de réagir aux interventions des États-Unis sur les événements à Madagascar lors de la réunion de l'OMC à Mahazoarivo hier. Ils auraient suggéré au chef du gouvernement d'apporter des éclaircissements sur la réalité auprès de l'ambassade américaine, pour que cette dernière puisse avoir d'autre son de cloche sur ce qui se passe.
Les premiers responsables de l'EMMO/Nat auraient également proposé l'application des protocoles existants concernant le déplacement sur le terrain des émissaires du Bureau de liaison de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) lors des tentatives de manifestation. Ils auraient évoqué des procédures classiques pour assurer la sécurité de ces derniers.
Iloniaina Alain
Mardi 22 mai 2012